L'indépendance affective

13/04/2021

Il a déjà été établi dans l'article précédent en quoi l'indépendance économique est une condition nécessaire pour bien se construire et s'épanouir. Mais si cette condition est nécessaire, elle n'est pas suffisante. D'autres formes d'indépendance sont également nécessaires, et notamment l'indépendance affective.

Il peut d'abord paraitre surprenant de parler d'indépendance affective. Toute relation affective n'est-elle pas dépendante ? Lorsqu'il est question d'affect (émotions, sentiments, passions ou désirs) on est dans un domaine qui ne dépend pas de notre volonté. On ne choisit pas nos désirs ou nos émotions. Lorsqu'il y a des affects dans une relation, n'est-on pas alors toujours dépendant ?

Qu'est-ce qu'une relation affective?

Examinons alors ce que serait une relation affective. On peut penser d'abord aux relations amoureuses. Quelque-soit le degré et la nature de l'amour qui existe entre les partenaires, l'affect, les émotions, les sentiments y ont une place importante. Cela va de soi. Mais, il y existe d'autres relations affectives : celles qui unissent les enfants et les parents, les relations amicales et encore d'autres types de relations comme les relations de travail, de loisirs qui, même si l'affection ou les émotions ne sont pas ce autour de quoi les relations se construisent, n'en sont pas moins des relations dans lesquelles il peut y avoir des affects. Toute relation humaine peut être source d'émotion. Et en ce sens, toute relation humaine est une relation affective parce qu'elle met face à face deux être capables d'émotions, de désirs etc...

Est-ce à dire que nous perdons toujours notre indépendance quand nous sommes en relation avec autrui ? Bien heureusement non. Pas toujours. Comment puis-je garder mon indépendance dans mes relations à autrui ? Cela dépend du rapport que nous entretenons avec nos propres émotions. Il y a deux écueils à éviter. La négation des émotions et la constitution de l'émotion comme source de toutes nos conduites. Ces deux attitudes paraissent diamétralement opposées. Etudions ces deux écueils pour mieux les éviter.

Les humains, ont des émotions, des désirs et des sentiments qu'ils ne peuvent pas taire indéfiniment. Les psychanalystes le savent et le disent. Nous avons besoin d'extérioriser nos affects. Si nous ne les laissons pas s'extérioriser, ils finiront par le faire sous une forme ou une autre souvent hors de notre contrôle : Symptômes de maladie psychique, dépression, somatisation, actes manqués etc... La retenue systématique des émotions est un poison. Quand nous le faisons, ce peut être pour nous conformer à des principes moraux intériorisés ou à des codes sociaux de bienséance. Tous ces principes et codes n'ont pas été pour autant réfléchis. Ils sont juste ce qui résulte de l'éducation (pas seulement parentale) que nous avons reçus. Si le but d'un travail de développement personnel est bien l'épanouissement et le bonheur, il convient donc de trouver des moyens d'extérioriser les émotions afin de rester en bonne santé mentale.

L'indépendance affective

Comment trouver l'équilibre émotionnel?

Mais comme on vient de le voir précédemment, il convient aussi de ne pas laisser nos émotions nous diriger. Si c'est le cas, nous ne pouvons plus aller où nous voulons, mais uniquement où nos émotions nous dirigent. Et là, nous perdons notre indépendance.

Ce qui importe pour être affectivement indépendant, n'est donc pas directement les relations que nous tissons avec les autres, mais notre aptitude à maitriser nos émotions. Il s'agit de laisser s'exprimer les émotions sans que celle-ci en viennent à prendre les commandes sur notre personne. Paradoxalement, plus nous empêchons nos émotions de s'exprimer, plus elles vont nous diriger, et cela par le biais de notre inconscient. Il va donc falloir trouver des moyens de canaliser les émotions, les laisser s'exprimer dans une cadre acceptable pour nous et la société dans laquelle nous vivons. A cette condition, il sera possible de prendre des décisions volontaires, délibérées avec nous-même et donc de diriger notre vie en fonction de ce que nous voulons plutôt qu'en fonction de nos émotions. Il fait laisser l'émotion s'exprimer dans un cadre maîtrisé pour pouvoir maitriser notre vie.

Lorsque nous sommes en relation avec les autres, la nature de la relation rendra ce travail plus ou moins difficile. Il est plus facile de maitriser nos émotions dans une relation de travail que dans une relation amoureuse par exemple, parce que l'émotion n'est pas le centre de la relation de travail. Mais cette attitude de maîtrise des émotions est possible dans toutes les relations humaines, à condition que nous soyons au clair avec nous-même et bien structurés. Si nous nous connaissons suffisamment pour gérer les émotions, les désirs et les sentiments, nous pouvons envisager d'avoir des relations sereines avec les autres. Cette remarque va à l'encontre de l'attitude de ceux qui comptent sur leur compagnon ou leur compagne pour se construire. Il faut donc (non pas toujours chronologiquement mais au mois logiquement) se construire avant de tisser des relations avec les autres. C'est le fait de diriger nous-même notre vie qui garantit l'indépendance

Un autre moyen de ne pas dépendre affectivement d'un(e) autre dans une relation est d'en tisser plusieurs. Il sera plus facile pour celui (ou celle) qui a un cercle d'amis, des relations de travail riches et constructives, des enfants et un(e) conjoint(e) de rester solide et équilibré en cas de rupture de l'une de ces relations. Il ne faut pas que tout notre équilibre repose sur les sentiments amoureux ou même amicaux exclusifs d'une personne.

Nous avons vu dans un précédent article qu'être économiquement indépendant est indispensable pour bien se construire et pour s'épanouir. Nous venons de voir en quoi il est également indispensable d'être affectivement indépendant. Il reste à montrer qu'il faut encore être indépendant sur un troisième plan : le plan décisionnel. Ce sera l'objet d'un prochain article sur Coaching Personnel Global.