L'indépendance décisionnelle

30/04/2021

Que signifie être indépendant sur le plan décisionnel ? Tout comme pour l'indépendance affective et économique que nous avons traitée précédemment, l'indépendance se définit par la négative, elle n'est que l'absence de dépendance. Mais de qui ou de quoi pourrions-nous être dépendants lorsque nous prenons nos décisions ?

On peut d'abord penser aux enfants. Bon nombre de décisions qui concernent les enfants sont prises par les parents ou les tuteurs. Dans de nombreuses circonstances, cette situation est bien normale, car en certains domaines, n'ayant pas suffisamment de connaissances des enjeux de leurs choix, en choisissant par eux-mêmes, les enfants pourraient se nuire à eux-mêmes. Par exemple, on ne laissera pas à un jeune enfant, le choix d'aller ou pas chez le médecin pour se faire soigner, d'aller ou pas à l'école pour apprendre etc... Cette situation de dépendance porte un nom : C'est l'hétéronomie. L'hétéronomie, par opposition à l'autonomie, c'est le fait de ne pas obéir à nos propres règles de pensée, mais d'obéir aux règles de la pensée d'autrui. Globalement, les enfants, surtout en bas âge n'ont pas encore de règles de pensée qui guide leur volonté. Ce ne sont que leurs désirs qui règlent leur volonté. Non pas qu'il soit toujours mauvais de se laisser guider par le désir, mais en certaines circonstances, ce n'est pas le meilleur moyen de se développer et de s'épanouir.

Si l'hétéronomie est un fait normal et acceptable dans l'enfance, il l'est moins pour les adultes. Ainsi, trouve-t-on parfois des personnes qui ont besoin de l'aval de leur compagnon ou compagne pour prendre la moindre décision. L'hétéronomie pour un adulte, est un problème. Le développement personnel est impossible pour un adulte hétéronome. Ou alors, sa première démarche de développement devra être celle de gagner son autonomie. Le développement personnel passe par la détermination d'objectifs de vie. Et l'autonomie est une condition nécessaire de la détermination d'objectifs de vie. Pour bien vivre, il faut savoir mener sa barque soi-même, la diriger, se fixer un cap et s'y tenir. Mais ce cap, il faut pouvoir se le fixer sans l'aval de qui que ce soit. C'est un acte de pure liberté.

Qu'est-ce qui peut conduire les adultes à la dépendance décisionnelle ? L'autonomie est-elle parfois difficile à vivre ? Et si oui, pourquoi ? Ce qui fait peur dans l'autonomie, c'est la responsabilité et la possibilité de l'échec. La responsabilité, c'est le corollaire de l'acte libre. A partir du moment où je suis la source de mon choix, j'en suis responsable. Et la responsabilité peut faire peur. Aussi, si je me trompe, je serai responsable de mon échec. Et pour beaucoup, c'est une situation difficile à assumer. Pour être autonome, pour être dans l'indépendance décisionnelle, il faut avoir confiance en soi et ne pas voir l'échec comme une terrible sanction, une faute culpabilisante ou une humiliation. L'échec est d'abord ce qui nous permet d'apprendre. On apprend beaucoup plus de ses échecs que de ses réussites. L'échec nous oblige à corriger ce qui ne va pas dans nos projets, voire même à les abandonner quand ils sont irréalisables. Et si nécessaire, il nous rappelle à l'humilité.

Le raisonnement tenu ci-dessus considérant que parmi les adultes il y a des autonomes et des hétéronomes était pédagogiquement utile pour expliquer ce que sont l'autonomie et l'hétéronomie mais ne correspondent pas vraiment à la réalité. Il est à nuancer. Ne sommes-nous pas tous autonomes à certaines occasion et hétéronomes à d'autres. Par exemple, lorsqu'il s'agit de politique, ne sommes-nous pas dans la dépendance lorsque nous laissons nos gouvernants décider pour tous de ce qui doit être fait pour le pays ? Ne sommes-nous pas dans l'hétéronomie lorsque nous attendons du patron ou de l'Etat qu'il nous fournisse le travail qui nous fera vivre ? On ne fait pas ce qu'on veut quand on veut, cela signifie-t-il que nous sommes dépendants ? Non, car à tous moment, même lorsque nous obéissons, nous le choisissons, par respect de la démocratie, par peur des conséquences, ou pour tout autre raison, mais nous le choisissons. Notre raison peut nous indiquer d'obéir pour notre propre bien. C'est d'ailleurs pour cette raison que la désobéissance peut parfois être un devoir. Notre raison peut nous conseiller la désobéissance. Nous sommes libres de prendre nos décisions, de quitter un travail et de dire non quand c'est nécessaire. Il y a des choix parfois difficiles, mais ce sont des choix quand même. L'autonomie est une garantie de notre indépendance, même lorsque nous obéissons.

Choisir en fonction de ce que sont nos propres principes, en toute autonomie semble donc être ce qui définit notre indépendance décisionnelle. Être indépendant sur le plan décisionnel n'est-il alors qu'obéir à notre raison ? Non, car la raison ne peut pas tout connaitre. Lorsque nous avons des choix à faire, nous ne pouvons pas toujours les faire par la raison. On ne peut pas toujours savoir par avance si ce choix est le meilleur. Notre faculté de connaitre et comprendre est limitée et nous devons alors nous fier à notre intuition. Si nous choisissons sans toutes les connaissances qui nous permettraient d'être assurés de la réussite, nous risquons donc l'échec. Nous devons décider sans tout savoir et donc prendre des risques. Il ne s'agit pas ici d'encenser le goût du risque ou de valoriser toute prise de risque. Il y a des risques inutiles. Mais accepter de prendre des risques, et de se fier à notre intuition quand on ne peut pas tout savoir est une condition de l'indépendance décisionnelle. L'acceptation de la possibilité de l'échec, donc la maîtrise de la peur de l'échec et la confiance en soi sont indispensable à l'indépendance décisionnelle et à notre développement personnel

En conclusion : Etre indépendant dans nos décisions implique d'une part que nous fassions usage de notre raison, de notre faculté de comprendre et d'enchainer les raisonnements et d'autre part que nous acceptions de nous servir de notre intuition lorsque nous ne pouvons pas connaitre par avance la totalité des conséquences de nos choix. Cette attitude suppose donc à la fois des connaissances et une confiance en soi et en la vie.